Depuis des années, le débat fait rage : la NBA est-elle indiscutablement le sommet du basketball mondial ? Avec des fans conquis, des budgets colossaux et des stars planétaires, la ligue nord-américaine semble imbattable. Pourtant, un nom bien connu du basket européen, Ergin Ataman, jette un pavé dans la mare. Le coach du Panathinaïkos et sélectionneur de la Turquie affirme que l’Euroleague propose, en réalité, un niveau de compétition plus relevé. Décryptage.
Quand l’Euroleague rivalise – voire dépasse – la NBA ?
Interrogé par le site spécialisé Basketball.com, Ergin Ataman ne mâche pas ses mots : « Chaque match d’Euroleague est une finale. Il y a du suspense, des stars, de la pression. Ce n’est pas un show, c’est une bataille. » Au-delà du style rhétorique, l’ancien entraîneur de l’Anadolu Efes, double champion d’Europe en 2021 et 2022, met le doigt sur une différence fondamentale : la philosophie du jeu.
Alors que la NBA mise sur un format long (82 matchs de saison régulière), des espaces ouverts et un jeu souvent basé sur la performance individuelle, l’Euroleague s’impose comme une guerre tactique, où chaque possession peut faire la différence. La densité physique, l’engagement défensif et l’intensité émotionnelle y sont omniprésents dès la première journée.
Autre critique majeure d’Ataman : la saison régulière NBA serait trop décousue. En effet, avec la multiplication des absences stratégiques (load management) et des rotations élargies, certaines rencontres manquent parfois d’enjeu, alors que chaque confrontation d’Euroleague peut déjà peser sur la course au Top 8.
Vers un tournoi mondial des clubs ? L’idée audacieuse d’Ataman
Pour trancher une fois pour toutes ce débat historique, Ergin Ataman propose une idée ambitieuse : organiser un tournoi mondial des clubs. Ce format inédit regrouperait les meilleures franchises NBA, les élites d’Euroleague (comme le Real Madrid, le Fenerbahçe ou l’Olympiakos), et les meilleures équipes d’Australie (la NBL étant en plein essor) ou d’Amérique du Sud. Ce « Super Bowl » du basket mondial permettrait enfin de voir s’affronter dans le même tournoi les différentes écoles du jeu.
Une telle compétition pose toutefois des défis immenses : compatibilité des calendriers, questions contractuelles avec les joueurs NBA, règles FIBA vs règles NBA… Mais l’idée continue de faire son chemin. Ce projet serait à l’image de ce qu’est devenue la Coupe du Monde des clubs en football.
EuroBasket vs Coupe du Monde FIBA : l’autre duel sous-jacent
Le technicien turc va encore plus loin en plaçant l’EuroBasket au-dessus de la Coupe du Monde FIBA en termes d’intensité et de niveau de jeu. Selon lui, l’absence partielle des stars NBA dans les compétitions internationales fausse les hiérarchies. La victoire de l’Allemagne en 2023 l’illustre parfaitement : un collectif solide, appuyé sur des joueurs comme Dennis Schröder ou Franz Wagner, a dominé un tournoi pourtant fréquenté par des puissances comme les USA ou la France.
Ataman souligne la densité des talents présents à l’EuroBasket — un savant mélange de joueurs NBA et Euroleague aguerris. Chaque match y est une démonstration de basket total, combinant discipline tactique et flair individuel. On pense notamment aux énormes prestations de Luka Dončić (Slovénie) ou de Bogdan Bogdanović (Serbie), au niveau souvent supérieur à ce qu’ils montrent sur une saison régulière NBA.
Quel impact pour le basket mondial ?
En 2025, le basket mondial change de visage. L’Euroleague, avec son rayonnement croissant et sa compétitivité, grignote lentement mais sûrement l’aura de la NBA sur certains aspects. Les champions européens comme le Real Madrid ou le Panathinaïkos n’ont plus à rougir face aux cadors nord-américains. L’hémorragie de talents européens vers la NBA se poursuit, certes, mais beaucoup d’entre eux (Vasilije Micić, Kostas Sloukas, Sasha Vezenkov) affirment que le jeu en Euroleague est plus exigeant… voire plus formateur.
Si l’on regarde les podiums internationaux récents (Allemagne 1ère à la Coupe du Monde 2023, Espagne championne d’Europe 2022), on constate que les équipes bénéficiant du meilleur mix NBA-Euroleague dominent désormais la scène mondiale.
En somme, si la NBA reste la « vitrine » du basketball mondial, l’Euroleague en est peut-être le laboratoire d’excellence, où se construit le basketball de demain.
Affaire à suivre… ou plutôt à trancher sur le parquet d’un hypothétique tournoi intercontinental.